2014

Klaus Iohannis,un homme discret à la tête de la Roumanie.

 

 

 

Trop… c’était trop et le couvercle de la marmite a sauté ! Les Roumains ont leur expression pour çà : «Mamaliga a explodat»… «la mamaliga a explosé». Ils n’ont en effet pas supporté la perspective d’endurer comme président pour les cinq années à venir, un Premier ministre qui s’était déjà auto-proclamé chef de l’Etat, après avoir remporté haut la main le premier tour de l’élection, le 2 novembre. Imbu de lui-même, arrogant, insolent et volontiers effronté, l’invective lui tenant lieu de programme, dévoilant aussi par là ses limites intellectuelles, Victor Ponta n’a pas imaginé un seul instant la gifle monumentale qui l’attendrait quinze jours plus tard.
    Entre les deux tours, les Roumains ont subitement pris conscience de la menace pesant sur leur démocratie. Ils ont refusé de l’abandonner au bon vouloir d’une nomenklatura qui s’apprêtait à prendre le contrôle de tous les rouages du pouvoir, après s’être déjà emparé du gouvernement et du Parlement. Ils ont dit non - les jeunes en première ligne - et d’une façon ne prêtant le flanc à aucune contestation. Non à la perpétuation du système mis en place voici exactement 25 ans par les héritiers de l’ancien régime qui ont banalisé la corruption comme moyen de gouverner.
    Et ils ont choisi un «président normal», sans effets de manches, ni promesses excessives, qu’ils ont chargé de siffler la fin de cette parenthèse, appelée ici «transition», afin de devenir enfin un pays «normal». Une «normalité roumaine» qui ne manque toutefois pas de surprendre…Les Roumains ont finalement élu un président qui n’est ni roumain, ni orthodoxe ! Klaus Iohannis appartient à la minorité allemande - moins de 1 % de la population - et est luthérien, dans un pays à 85 % orthodoxe.
    Mais en le portant à leur tête, ses compatriotes ont mis en lui leur espoir de le voir conduire la Roumanie avec le même sérieux et la réussite qu’il a affichés en tant que maire de sa ville de Sibiu, devenue la cité la plus prospère et enviée du pays.
    Résistant au rouleau compresseur de la machine PSD du candidat-Premier ministre Ponta, les Roumains, par leur sursaut, ont surtout fait preuve de maturité. Ils ont rejeté une aventure dont ils devinaient qu’elle les conduirait à faire un pas en arrière, alors que sous l’impulsion de jeunes procureurs et d’une société civile qui émerge, le pays a entrepris de faire sérieusement le ménage dans tout ce qui entravait le développement de sa société.
    Klaus Iohannis a jeté une tête de pont vers cette Roumanie nouvelle que les Roumains appellent de leurs vœux. Il lui reste à la consolider. Ce n’est pas une mince affaire. Le Président doit faire avec un Premier ministre qui s’accroche à son poste, soutenu par un clan qui dispose de l’essentiel des leviers de commande du pays. Seule une dissolution du Parlement et une nouvelle majorité lui donneraient les mains libres. La constitution ne lui en confère pas les pouvoirs. Mais les Roumains, qui ont retrouvé l’espoir, sont impatients de tourner la page.


                                                                          Henri Gillet des "Nouvelles de Roumanie"